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Tres poemas de Marceline Desbordes-Valmore

Traducción y recopilación de David Pichardo
 


Le regard


Cache-moi ton regard plein d'âme et de tristesse,

Dont la langueur brûlante affaiblit ma raison ;

De l'amour qu'il révèle il m'apprendrait l'ivresse ;

Pour les infortunés son charme est un poison.


Lèves-tu sur mes yeux ta paupière tremblante,

C'est le ciel qui s'entr'ouvre et sourit au malheur ;

C'est un rayon divin, une étoile brillante,

Qui perce la nuit sombre où gémissait mon cœur.


Oui, la douleur s'envole ; et mon âme ravie

Suit la douce clarté qui ne peut m'éblouir.

Éviter ton regard, c'est repousser la vie ;

Attache-le sur moi, je ne puis plus le fuir.



La mirada


Esconde tu mirada llena de alma y de tristeza,

cuya ardiente melancolía debilita mi razón;

aprendería la embriaguez del amor que ella revela;

su encanto es un veneno para los desafortunados.


Levanta hacia mis ojos tus temblorosos párpados,

son el cielo que se entreabre y sonríe a la desdicha;

son un rayo divino, una estrella brillante

que atraviesa la noche sombría donde mi corazón lloraba.


Sí, el dolor se desvanece; y mi alma alegre

sigue la dulce claridad que no puede deslumbrarme.

Evitar tu mirada es rechazar la vida;

Átala a mí, pues ya no puedo huir de ella.




 

Les séparés


N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.

Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.

J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,

Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.

N’écris pas !


N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.

Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !

Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,

C’est entendre le ciel sans y monter jamais.

N’écris pas !


N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;

Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.

Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.

Une chère écriture est un portrait vivant.

N’écris pas !


N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :

Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;

Que je les vois brûler à travers ton sourire ;

Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.

N’écris pas !



Los separados


No escribas. Estoy triste y quisiera extinguirme.

Los hermosos veranos sin ti son una noche sin luz.

He cerrado mis brazos que no pueden alcanzarte,

y llamar a mi corazón es llamar a una tumba.

¡No escribas!


No escribas. No nos enseñemos más que a morir solos.

¡No preguntes más que a Dios… más que a ti, si yo te amaba!

En el fondo de tu ausencia escuchar que me amas

es vislumbrar el cielo sin alcanzarlo nunca.

¡No escribas!


No escribas. Tengo miedo de ti; miedo de mi memoria;

ella ha guardado tu voz que a menudo me llama.

No muestres el agua a quien no puede beber.

Una palabra amada es un retrato vivo.

¡No escribas!


No escribas esas palabras dulces que no me atrevo a leer:

parece que en mi corazón las propaga tu voz;

que las veo arder a través de tu sonrisa;

parece que un beso las imprime en mi corazón.

¡No escribas!




 

Tristesse


Si je pouvais trouver un éternel sourire,

Voile innocent d'un cœur qui s'ouvre et se déchire,

Je l'étendrais toujours sur mes pleurs mal cachés

Et qui tombent souvent par leur poids épanchés.


Renfermée à jamais dans mon âme abattue,

Je dirais : « Ce n'est rien » à tout ce qui me tue ;

Et mon front orageux, sans nuage et sans pli,

Du calme enfant qui dort peindrait l'heureux oubli.


Dieu n'a pas fait pour nous ce mensonge adorable,

Le sourire défaille à la plaie incurable :

Cette grâce mêlée à la coupe de fiel,

Dieu mourant l'épuisa pour l'emporter au ciel.


Adieu, sourire ! Adieu jusque dans l'autre vie,

Si l'âme, du passé n'y peut être suivie !

Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir,

À quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir ?



Tristeza


Si pudiera encontrar una sonrisa eterna,

velo inocente de un corazón que se abre y se desgarra,

lo pondría siempre sobre mis lágrimas mal escondidas

y que a menudo caen por su peso derramadas.


Encerrada por siempre en mi alma abatida,

diría: “no es nada” a todo lo que me mata;

y mi frente tormentosa, sin nubes y sin arrugas,

del niño que duerme tranquilo pintaría el feliz olvido.


Dios no hizo para nosotros esta mentira adorable,

la sonrisa falla ante la herida que no puede ser curada;

esta gracia mezclada en la copa de hiel,

Dios la bebió muriendo para llevarla al cielo.


¡Adiós, sonrisa! ¡Adiós hasta la otra vida

si el alma, por el pasado no puede ser seguida!

Pero si no podemos sanar de la memoria,

¿para qué sirve, para qué sirve morir, oh alma mía?





Traducción por: David Pichardo


 

Interlatencias Revista

julio 2023

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